Le train et l'arrivée à ShiYan

On pensait avoir prévu large, mais le taxi nous apprend qu'à cette heure-là il y a souvent des embouteillages. En fait ça ralentit juste de temps en temps, on monte de nouveau sur un très grand pont, on traverse la ville sur une autoroute un peu en hauteur, et au bout d'un moment on aperçoit une grande structure circulaire. C'est la gare.
On empoigne nos valises et notre bébé et on entre. A l'entrée, un scanner pour les valises et un portique pour les voyageurs, comme dans les aéroports (comme dans toutes les gares en Chine). La gare est vraiment grande, en plus il n'y a pas beaucoup de monde ce jour-là. Le hall d'accueil est circulaire aussi, il occupe tout le bord de l'enceinte ; et pour accéder aux quais, il faut descendre au milieu de la gare. On commence à y aller, mais MaiZhen montre son billet à une des nombreux agents qui sont là, et elle nous indique que ce n'est pas le bon escalier. En fait il faut aller de l'autre côté. On marche un peu vite car on n'a plus trop de temps, on fait donc presque tout le tour de la gare comme ça. Enfin on trouve la bonne entrée, et on descend par un escalier qui arrive directement sur le quai, qui est sous la gare.
Les quais sont plus classiques, on trouve directement notre wagon et notre compartiment et on commence à s'installer. Quelques minutes plus tard, le train part. Pour le moment il n'y a que nous dans le compartiment, chouette!

Lors de notre dernier voyage, on avait pris des couchettes dures, pour lesquelles les compartiments étaient séparés par de simples cloisons entre les lits et aucune porte. Cette fois c'est plutôt comme chez nous, avec des compartiments de 4 couchettes bien fermés. En effet MaiZhen avait peur que tous les gens qui passent dans le couloir (et il y en a beaucoup) ne dérangent Ulysse.
Je constate vite que c'était bien vu. A peine le contrôleur a-t-il vu Ulysse, en train de jouer tranquillement appuyé sur les jambes de sa maman, qu'il lui touche le nez en rigolant puis, sans nous demander notre avis, le prend dans ses bras. Il a beau expliquer qu'il adore les enfants bien qu'il n'en ait pas lui-même, MaiZhen, qui s'est levée tout de suite, le lui reprend dès que ce n'est pas trop impoli, non mais sans blague.



A part cet incident le voyage commence bien. Les parents installés sur leurs couchettes, Ulysse peut jouer à côté d'eux bien calé entre le mur et les jambes, on échange les places de temps en temps. Au bout de quelques stations un passager arrive et s'installe sur une couchette du haut.

Le train est parti à 17h30 et ici le soir tombe vite, donc on ne regarde pas le paysage très longtemps.
Le train va jusqu'à Chengdu, la capitale du Sichuan. C'est là que le tremblement de terre a eu lieu 3 ans avant exactement, on ne s'étonne donc pas que le discours du 1er ministre à cette occasion soit retransmis dans les hauts-parleurs du train.
A l'heure du repas on va chercher de l'eau chaude (toujours disponible au bout du wagon), on prépare nos nouilles instantanées pour nous et un petit pot au bain-marie pour Ulysse.

La nuit c'est un peu plus difficile. On pourrait mettre Ulysse sur une couchette du bas, calé avec oreiller, et occuper la couchette disponible en haut. Mais d'après le garçon qui voyage avec nous, le train est complet (il a dû faire jouer ses relations pour obtenir une place ici) et la couchette qui reste ne sera probablement pas disponible tout le temps. On a peur que des gens arrivent dans la nuit et ne voient pas Ulysse, et par conséquent on décide qu'il dormira toujours avec un d'entre nous.
On se relaie donc pour dormir à côté de lui, mais ce n'est vraiment pas confortable (déjà que dormir en train n'est pas forcément facile, sans compter que celui-ci est vraiment très bruyant). La nuit passe difficilement, et on se lève presque en même temps que le soleil (presque car il se lève quand même très tôt).
Au réveil, on est au milieu de la campagne chinoise. Le train passe à travers des rizières, des champs où paissent les buffles et où les travailleurs (paysans, ouvriers qui travaillent sur la voie ferrée...) portent le fameux chapeau chinois. Les routes sont souvent en terre, et les véhicules qui passent dessus semblent bien fatigués.
On a le temps de regarder autour de nous : le temps de trajet prévu est presque 23h. Il reste donc une douzaine d'heures. Durant la matinée ça devient un peu plus montagneux, les ponts et les tunnels commencent à se multiplier.


On peut se promener un peu dans le train, mais on en a vite marre : le couloir entre les compartiments est très étroit, il est rapidement encombré par les voyageurs, et on se retrouve souvent coincés entre des gens qui veulent faire des papouilles à Ulysse. Quand le train s'arrête à l'énorme gare de Wuhan dans la matinée (enfin, une des gares : Wuhan est une ville très étendue et on passe par plusieurs arrêts), MaiZhen va faire un tour sur le quai avec le bébé, mais ça ne dure pas très longtemps.
A midi on va au restaurant qui est dans le wagon juste à côté. C'est assez animé, comme d'habitude tous les regards se tournent vers Ulysse. L'interdiction de fumer n'est pas à l'ordre du jour en Chine, ni dans les restaurants ni dans les trains, et très vite quelques personnes autour de nous commencent à s'en griller une. Heureusement ils sont compréhensifs, et quand MaiZhen leur explique que c'est très mauvais pour le bébé ils acceptent de les éteindre.
La cuisine n'est pas exceptionnelle, mais c'est toujours mieux que les nouilles instantanées. Par contre, on demande des verres pour accompagner nos boissons, ce qui est une mauvaise idée : le fond est plein de poussière, pas très appétissant. Avec en plus le fait que les sièges soient très proches de la table (normal) et que Ulysse ait très envie de tirer la nappe, on a vite fait de finir le repas et de revenir au compartiment.

L'homme qui était arrivé au début repart un peu plus tard, ensuite c'est une femme, qui va jusqu'à Chengdu et qui discute un moment avec MaiZhen. Elle a un fort accent du Sichuan, même moi je le remarque.
La station avant la ville de MaiZhen est Wudang Shan, une montagne sacrée du kung-fu dont je reparlerai. Les occupants du train sont déçus car ils ne voient pas l'entrée de la montagne, bien sûr la gare a été construite dans le village qui s'étend en contrebas et l'entrée est bien loin d'ici. On est en pleine montagne, on traverse de nombreux tunnels et des grands ponts. Sur les pentes des montagnes il y a parfois des petits temples, en fait ce sont des sépultures traditionnelles de la région.
On est impatients de sortir, entre autres parce qu'on a vraiment besoin de se dégourdir les jambes. On descend les valises, la poussette, on prépare tout et je prend Ulysse dans son porte-bébé. Bien équipés on se place stratégiquement près de la porte. Mais tout d'un coup, le train ralentit puis s'arrête. Ça arrive régulièrement, car parfois il n'y a pas autant de voies que de trains qui se croisent, donc on doit laisser passer un train en sens inverse ou se laisser dépasser par un train plus rapide. Mais là, ça s'éternise, et on attend finalement 20 bonnes minutes. Déjà qu'on était un peu en retard...

On descend donc du train au bout de presque 24h de trajet! Comme toujours dans les gares chinoises, pour sortir il faut passer par une file où un contrôleur vérifie les tickets. Dehors, on est attendus par le frère de MaiZhen et son ami qui a une voiture.
Dehors il fait lourd, on ne perd pas trop de temps et on embarque. ShiYan n'a pas trop changé depuis mon dernier voyage (Visiteur, tu ne connais pas ShiYan? Lis le blog de mon voyage fin 2007 pour découvrir cette sympathique petite ville industrielle de 3 millions d'habitants). Il paraît que la ville participe à un concours pour être la plus propre, mais là je ne vois pas trop la différence, de toute façon c'est toujours aussi poussiéreux.
Le trajet est long, mais quand même plus rapide qu'avant : la longue route qui va jusqu'à son quartier en passant à travers les montagnes, qui était en pleins travaux la dernière fois, est devenue une large 4-voies où on peut rouler vite.

Ulysse était en forme quand on est sortis du train, on l'a fait jouer avec une peluche-oreiller en forme de tigre que le frère lui a donnée. Mais au cours du trajet il finit par s'endormir. Puis finalement on arrive, les parents de MaiZhen sont très contents et nous font rentrer, et nous présentent le repas (ben oui, il est déjà 18h). J'ai pas du tout faim et après tout ce trajet je ne rêve que de me coucher, mais comme je suis poli je mange un peu.
Au bout d'un moment, je laisse Ulysse à sa maman et ses grands-parents qui l'entourent de mille attentions, et je vais faire un petit somme.

Quelques jours de récupération à ShiYan

Quand je me réveille à-peu-près, il faut que j'aille prendre ma douche : en effet l'entreprise qui fournit l'eau du quartier ne donne de l'eau chaude qu'entre 19h30 et 21h30, comme avant, et c'est déjà presque fini. Pendant que j'étais au lit, MaiZhen et sa mère ont commencé à ranger des affaires et ont fait prendre son bain à Ulysse, je ne me suis rendu compte de rien.
Quand Ulysse dort on passe un moment à montrer des photos aux parents de MaiZhen, puis on va aussi se coucher très vite car ma petite sieste n'a pas suffi.
Le lendemain, Ulysse se réveille très tôt et commence à pleurer. On va le sortir du lit (c'est le lit à barreaux de son cousin qui a maintenant 11 ans), quand, sans frapper ni rien demander à personne, la mère de MaiZhen entre dans la chambre et commence à le prendre dans ses bras. Comme on est encore fatigués on laisse faire, au bout de quelques temps MaiZhen va les rejoindre. Quand j'arrive à me lever, il est déjà un peu tard.

Comme expliqué précédemment, la ville de ShiYan est en lice avec 4 autres villes pour le titre de ville la plus propre. Je n'avais pas vu les conséquences de ce concours jusqu'ici, mais ce matin-là, j'apprends que tous les vendeurs à la sauvette ont été priés de rester chez eux. D'habitude, le petit-déjeuner est constitué de nouilles sautées ou de baozi, achetés au coin de la rue ; mais cette fois, impossible d'en trouver, je suis très déçu car les baozi que j'avais mangé la dernière fois que j'étais venu étaient très bons.

Finalement la mère de MaiZhen revient avec du pain chinois, qu'on prend avec du thé. Mes jambes sont encore traumatisées par les 24h de train, mais on ne va pas rester toute la journée à la maison, donc on va faire des courses. Il fait toujours très chaud, heureusement qu'on a la poussette avec ombrelle.
Dans la rue, peu de choses ont changé depuis la dernière fois, on marche sur une route très irrégulière sur laquelle bus, voitures et camions (dont beaucoup de cabines de camions qui viennent d'être assemblées dans l'usine toute proche) passent sans trop ralentir, alors qu'il n'y a pas de trottoir avant un bon moment et qu'il y a pas mal de monde sur la chaussée.
En 10 minutes, on arrive devant une boutique où les clients font la queue devant une petite fenêtre. C'est une boulangerie, mais renseignements pris il n'y a plus de baozi (pour en trouver, il faut se lever tôt).

On va plutôt dans le petit magasin qui est à côté. Les rayons sont un peu étroits pour la poussette, mais on se débrouille. On va voir ce qu'il y a comme couches, les rayons sont très peu fournis car en général les chinois n'en utilisent pas.
Ici les enfants ont un pantalon fendu à l'entrejambe, ils se promènent cul à l'air ; à intervalles réguliers les parents doivent les mettre dans une position adaptée et siffler doucement pour qu'ils fassent pipi, et ils doivent également guetter quand le bébé se prépare à faire une crotte. Durant mon séjour, j'ai quand même pu constater que les accidents sont fréquents, mais en règle générale peu de familles utilisent les couches et ça marche très bien, même si petit à petit certaines prennent l'habitude. Ainsi à Shanghai, on avait vu un petit garçon se promener avec son pantalon fendu et une couche qui en dépassait...
On regarde quelques autres articles, on prend de l'eau minérale pour Ulysse (une marque chinoise de bonne qualité cette fois), des petits pains briochés pour le lendemain matin, et on va payer. Au comptoir, un haut-parleur scande des phrases avec un ton de révolutionnaire en campagne. En fait, il égrène la liste des promotions en cours...
On a tout ce qu'il nous faut et on rentre à la maison, accompagnés de la mère de MaiZhen qui revient du marché. Pour notre plus grande joie, Ulysse s'endort sur l'épaule de sa grand-mère (les journées précédentes n'étaient pas du tout reposantes, et il n'a pas très bien dormi).

A midi, le petit neveu (Yang-Yang) et la belle-soeur (saozi) de MaiZhen viennent manger, comme presque tous les jours. En effet, encore cette année, Yang-Yang est à l'école qui est juste à côté (l'année prochaine ce sera le collège, qui est un peu plus loin), et saozi travaille dans une usine qui n'est pas très loin, ce qui lui laisse le temps de venir pendant la pause.
Ulysse a vite vu que c'est très amusant d'attraper le nez de Yang-Yang et de serrer fort, et comme ce dernier est gentil il se laisse faire. Saozi aussi aime beaucoup s'occuper d'Ulysse, elle insiste pour le prendre pendant qu'on mange et pour nous aider à lui donner son repas.
On avait pris l'habitude de donner des légumes bio à manger à Ulysse, ici ce n'est pas possible car ça n'existe pas (pas dans les magasins que j'ai vu en tout cas). A défaut on épluche et cuit bien les légumes que la mère de MaiZhen a ramenés du marché, et on mixe le tout avec notre mixeur qu'on a ramené spécialement dans nos valises.




L'après-midi, on est encore tous très fatigués et on dort un peu. On fait des petits tours en bas de chez MaiZhen. Problème : toutes les voisines, amies de la maman de MaiZhen, souvent retraitées, se retrouvent en bas des immeubles pour éplucher des légumes, tricoter... en discutant. A chaque fois qu'Ulysse apparaît, on s'exclame, on lui tape les cuisses, et puis on commence à vouloir le prendre dans les bras. Comme partout où on est allés jusqu'ici en fait, mais en bien pire. Elles ont l'air tellement convaincues qu'on va les laisser porter le bébé sans problème, qu'il faut vraiment leur montrer explicitement que non (que ce soit le 1er jour ou au bout de 3 semaines!)
On évite de les laisser le prendre trop souvent, car en général leurs mains ne sont, euh, pas très propres (ne serait-ce que parce qu'elles viennent de passer 2h à éplucher des légumes dans la rue), et qu'il faut surveiller attentivement, et le reprendre quand elles commencent à le passer à leur tour à quelqu'un d'autre...

Le soir, le frère de MaiZhen est là aussi. D'habitude il ne finit pas sa journée avant 21h, mais pendant quelques jours il s'arrange pour pouvoir être avec nous vers 19h. Il part le matin à 6h, et ce tous les jours. Ce n'est pas le cas de tout le monde, en général il y a 1 ou 2 jours de repos par semaine, mais lui est devenu chef de ligne : il a un meilleur salaire (environ 600 euros par mois, pas mal pour un travail à l'usine en Chine), mais également plus de responsabilités. La belle-soeur, elle, a des horaires plus raisonnables et est libre le samedi et le dimanche pour s'occuper de son fils.

La nuit est difficile car Ulysse a un sommeil perturbé et se réveille plusieurs fois. De plus, quand il commence à pleurer, la maman de MaiZhen prend l'habitude de débarquer dans la chambre, ce qui n'arrange rien à mon avis. OK, on évite de le laisser pleurer car dans tous les appartements à côté il y a des gens qui travaillent et se lèvent tôt, mais pas la peine non plus de faire une réunion de famille à chaque fois qu'on va le consoler. Au bout de quelques fois, je m'énerve un peu, et ça s'arrange.

Les premiers jours à ShiYan sont à-peu-près semblable. Encore assommé par les effets conjugués du décalage horaire, du train et des perturbations nocturnes, je récupère petit à petit. Il fait encore très chaud dans la journée, et on sort assez peu, à part pour les courses. Faire un tour en bas de l'immeuble devient vite lassant, comme expliqué au-dessus ; et le lac qui est au-dessus de la vallée (la ville est construite derrière une grande digue) est presque à sec et très marécageux, et l'accès est interdit.

Parfois dès le matin, on part en expédition pour trouver de quoi manger. Normalement, outre les vendeurs ambulants, on peut aussi acheter à manger dans des échoppes. Mais le concours de propreté est encore passé par là : des inspecteurs ont fait une tournée, et ont fait fermer pour quelques temps les établissements non conformes aux règles sanitaires en vigueur. Conséquence, TOUTES les échoppes autour de chez MaiZhen sont fermées... Il faut donc marcher une bonne dizaine de minutes, pour arriver jusqu'à un petit marché de l'autre côté de la rivière. En faisant le tour, on rencontre souvent les voisines ou les amies de MaiZhen ou de sa maman.
Là, on peut acheter des bols de nouilles chinoises dans une échoppe où les nouilles sont faites à la main. Le cuisinier balance violemment la pâte contre un plan en bois, jusqu'à ce qu'elle soit bien allongée, puis la plie et recommence, en la laissant s'allonger de plus en plus. Ensuite les nouilles sont cuites puis servies dans de grands bols avec plein de bons légumes, un peu piquant pour des papilles occidentales mais en ce qui me concerne j'ai l'habitude. Le tout dans une ambiance... ben... quartier ouvrier le matin.

Quelques jours après, on se sent un peu moins fatigué, et on part faire des courses dans un magasin plus grand mais plus lointain. Après être arrivés sur la place du petit marché il faut encore parcourir une distance équivalente en longeant la rivière. Un gros parapet de béton empêche d'accéder à la rivière, par contre il n'y a pas d'autre trottoir qu'un bord non goudronné, et c'est un peu dangereux de côtoyer plein de véhicules qui ne font pas forcément attention quand ils croisent des piétons. MaiZhen et sa maman retrouvent beaucoup de connaissances sur le trajet, et je n'aime pas trop les discussions si près de la circulation...
Au bout d'un moment on passe par un virage situé sous un petit pont, où les voitures n'ont aucune visibilité sur ce qui arrive en face. Pas question de ralentir pour autant, il suffit de klaxonner pour avertir de son approche! Il y a des habitations et des petits commerces juste à côté, je ne sais pas comment les gens font pour supporter ce bruit continuel.
On arrive finalement au magasin, il est construit au-dessus de la rivière et on y accède par un pan incliné. Comme souvent dans ce quartier, les constructions en béton au-dessus de la rivière semblent bien vieilles, ainsi que les poteaux de fer qui les soutiennent. Il est effectivement plus fourni que le petit magasin près de chez nous, mais, à ce moment-là en tout cas, il y a plus de vendeurs (ou de vigiles?) que de clients. Très vite ils commencent à avoir beaucoup de choses à vérifier près des endroits où on va avec Ulysse. Juste à côté il y a aussi un marché beaucoup plus grand, MaiZhen et sa maman en profitent.

Un soir, on décide d'aller voir le match de basket du petit neveu. Pour aller à son école, il faut encore aller jusqu'au petit marché, et revenir en longeant la rivière. La 1ère fois que j'étais venu, la rivière laissée presque à sec était remplie de petits potagers, malgré la couleur douteuse de l'eau qui restait. Mais depuis il y a eu quelques accidents dûs aux tuteurs en bambous qui se bloquaient sous les ponts quand les digues étaient ouvertes, et c'est plus strictement interdit. Ca n'empêche pas les écoliers de traverser à pied ou de rentrer chez eux par la rivière.
Quand on arrive à l'école où se déroule le match, le gardien refuse absolument de nous laisser entrer : il trouve que c'est dangereux d'amener un bébé au milieu de tous ces ballons de basket. Il a raison bien sûr, mais il le dit de manière tellement agressive et malpolie qu'il réussit à mettre MaiZhen en rogne. En fait, apparemment, quelques semaines avant, deux écoliers qui faisaient l'école buissonnière se sont noyés dans les sables mouvants du fleuve à sec, et la responsabilité de l'école a été engagée, les gardiens sont donc particulièrement sourcilleux.
Pour revenir on veut traverser la rivière par les passerelles en fer pour piétons qui font face à l'école. On s'engage sur l'une d'entre elles, mais après quelques pas, tout le monde nous crie de revenir. On prend donc l'autre, et en effet au milieu on voit que celle qu'on avait commencé à emprunter est effondrée à mi-chemin.
Après la passerelle on se retrouve dans une petite cour, à quelques pas de la route principale. MaiZhen s'arrête pour dire bonjour à quelqu'un qu'elle connaît, et là c'est le drame : d'abord quelques grands-mères s'approchent d'Ulysse, puis un grand bébé avec son papa, puis tout un groupe d'écoliers sur le chemin de la maison veulent s'approcher et le toucher. Ils sont très gentils, mais je suis quand même rassuré quand on parvient à s'éclipser.

Quand le week-end arrive on a à-peu-près récupéré, et on décide d'aller faire un tour en ville, accompagnés de Yang-Yang et saozi. On laisse Ulysse à ses grands-parents et on va vers l'arrêt du bus, mais il se fait attendre, et comme un taxi passe par là (fait assez rare dans ce quartier isolé) on se précipite dessus. On parcourt le trajet jusqu'au centre-ville, dangereusement mais on arrive quand même, et on s'arrête en face d'un restaurant. C'est plutôt un fast-food à la chinoise, où Yang-Yang et sa mère, puis finalement MaiZhen vont prendre un petit-déjeuner. Je n'ai pas compris tout le système, avec des jetons à prendre à un comptoir pour aller chercher des plats à d'autres comptoirs, mais finalement j'ai cherché moi-même un des plats, et l'ambiance est très conviviale (apparemment beaucoup de jeunes se donnent rendez-vous là).
Ensuite on prend un petit minibus à héler, qui nous amène à notre quartier de destination. On va d'abord dans un grand magasin d'électronique. En fait la plupart des produits présentés sont des grandes marques internationales, et les prix pratiqués sont équivalents à ce qu'on trouve chez nous. En passant on croise un ami de saozi avec qui on discute un peu, il nous explique que pour trouver des marques chinoises plus intéressantes il vaut mieux aller dans les petites boutiques, je m'en doutais un peu. Dans sa main il tient un crabe vivant, il nous explique qu'il l'amène à son fils pour qu'il joue avec.
On continue en faisant le tour des magasins de photo, il y en a pas mal car c'est très populaire. On cherche un studio pour faire des photos d'Ulysse, à chaque fois on nous explique comment ça se passe et on nous montre quelques exemples d'albums. Comme pour les photos de mariage, les bébés sont habillés dans plusieurs genres de costumes différents, plus ou moins kitsh, et les photos sont accompagnées de petits textes en chinois et en anglais, bien dégoulinants et plein de fautes. En passant, saozi et Yang-Yang ont un petit creux et s'arrêtent à un snack, où ils achètent des genres de sushi/maki faits devant nos yeux. Goût : anchois frits, ketchup! J'ai goûté, je me suis forcé à finir mais c'étais pas facile. Pourtant apparemment ça a beaucoup de succès.
Après avoir traversé la place du peuple, on trouve des vêtements pour Ulysse : c'est le cadeau de saozi. On visite un dernier magasin de photos, puis on se sépare. Saozi et Yang-Yang continuent leur tour en ville pendant qu'on va dans le grand magasin qui est place du peuple. Le retour se fait en bus, et au bout d'une trentaine de minutes on retrouve notre bébé.



Le jour des photos

Le lendemain, c'est le jour des photos (voir épisode précédent). On a rendez-vous à 10h, on se lève donc assez tôt. (Ca fait plus d'une semaine qu'on est en Chine, mais j'ai encore un peu de mal à prendre un rythme normal). J'arnache Ulysse dans son porte-bébé, et nous partons en bus.
Lors de ma dernière visite c'était un grand bus, pas ultra-moderne mais un peu confortable, mais depuis il a été remplacé par des mini-bus (juste un peu plus grand que les bus-taxis qui sillonnent le centre-ville), il y a quelques places assises sur les côtés quand on part du terminus mais elles sont très vite toutes occupées. Apparemment les bus ne sont pas gérés par la ville, en tout cas les chauffeurs sont payés par l'argent des voyageurs. Il n'y a pas de ticket, en entrant on met 1 yuan (billet ou pièce) dans une borne et c'est tout. Du coup, quand il n'y a pas beaucoup de passagers, le chauffeur stoppe longuement à chaque arrêt, et aussi sur le chemin pour peu qu'il ait l'impression que quelqu'un peut avoir envie de monter. Quand c'est comme ça, lorsqu'il arrive à côté du marché qui est un point de passage important, il peut attendre jusqu'à ce que le bus qui arrive en sens inverse l'insulte ou qu'un voyageur s'énerve trop.
Comme ce n'est pas le cas cette fois là, on arrive assez vite sur la route principale qui passe à travers les montagnes. Il y a beau avoir 3 voies dans chaque sens, de nombreux bus et camions trouvent intelligent de passer la ligne blanche pour doubler des camionnettes ou des voitures qui ne vont pas assez vite. Les travaux étant toujours importants dans cette zone, on croise beaucoup de camions chargés de gravats, les chauffeurs ne sont pas très impressionnés et dépassent quand même. C'est particulièrement inutile si c'est pour prendre ou déposer un voyageur 20 mètres plus loin.

On arrive en centre-ville sans casse, et on va directement au magasin de photos. On se retrouve dans un studio avec des meubles et des canapés en format mini. Comme pour les photos de mariage, il est prévu de prendre quelques séries de photos avec différents costumes, mais heureusement pour les bébés on se limite à quelques vêtements simples et à une séance de 1h max.
En l'occurrence, le photographe et ses assistantes trouvent que les vêtements d'Ulysse sont très bien et ils prennent une série de photos, puis que son body est très joli aussi, encore une série.
Dès que la séance commence, je regrette un peu d'avoir donné mon accord. Alors qu'on essaie toujours de lui épargner le flash dans les yeux, ici à chaque photo une énorme lumière de professionnel se déclenche ; la seule technique qu'ils semblent connaître pour que le bébé regarde où ils veulent, c'est de faire le plus de bruit possible avec tous les accessoires qu'ils ont sous la main, en criant "baobei" ("bébé"), Ulysse est complètement perdu ; surtout, alors qu'il n'est pas encore complètement assuré quand il est assis, ça ne les intéresse absolument pas de le prendre en photo quand il est sur le dos, ils ne le veulent qu'assis (fatiguant) ou sur le ventre (position qu'il déteste pour le moment, il pleure systématiquement au bout de quelques minutes). Bien sûr, quand il est assis, une assistante n'est jamais loin pour le retenir, mais je ne suis vraiment pas rassuré.
Pour ne rien arranger, alors que dehors il fait très chaud, la pièce est lourdement climatisée, et l'appareil souffle très près de là où les photos sont prises.

Quand ils finissent par proposer de mettre un costume, c'est un habit de rappeur qui ne m'emballe pas plus que ça. Aussi, quand pour le costume suivant ils commencent à sortir un habit de golfeur, je préfère demander un costume traditionnel chinois, ce qui semble beaucoup les étonner. Après un passage dans un costume de chat kitchissime, Ulysse commence à être vraiment fatigué et de plus en plus difficile à dérider, aussi on décide de terminer là. Ensuite on doit choisir les photos qu'on veut garder, rejoints un peu plus tard par les parents de MaiZhen.Ca se passe sur une énorme télé qui fait office d'écran d'ordinateur. Il y a pas mal de jolies photos, on ne peut en garder qu'une vingtaine, il faut donc en supprimer petit à petit, en rétrécissant la liste en plusieurs itérations.
Les prises de vues :






Le résultat :




Ca dure assez longtemps, puis on ressort dans la chaleur et on prend un taxi en direction d'un quartier un peu aisé : on va voir l'oncle de MaiZhen, ancien commissaire de police et qui habite dans une résidence sécurisée réservée aux policiers. Ca reste quand même de vieux immeubles, il faut monter 6 étages à pied pour arriver chez eux.
En haut, comme d'habitude on est très bien accueillis. Ulysse reçoit une petite enveloppe rouge (qui contient des sous et qu'on offre traditionnellement aux anniversaires, aux mariages ou aux fêtes). Les sous il s'en fout, par contre c'est une jolie enveloppe (avec des reliefs dorés sur un côté) et il aime bien l'agiter dans tous les sens. On lui fait prendre son repas, puis la mère de MaiZhen et la femme de l'oncle s'en occupent chacune à leur tour pendant que le reste de la famille mangent. Je jette un coup d'oeil de temps en temps, ou je demande à MaiZhen de le faire, car comme on l'a vu je n'ai pas 100% confiance dans les critères chinois sur les jeux appropriés pour un bébé, et aussi parce que beaucoup d'endroits n'ont apparemment pas connu de dépoussiérage et/ou de dégraissage depuis bien longtemps.
Pendant le repas, l'oncle, dont la petite salle à manger a les murs recouverts de bouteilles d'alcools variés mais prestigieux et/ou magnifiques, sort une bouteille d'armagnac qu'il a reçue il y a... 30 ans (???), et qu'il n'a jamais eu le temps de boire. On trinque donc en accompagnement des baozi faits par sa femme, c'est très bon.
Ulysse, quant à lui, finit par faire une petite sieste. On passe le début de l'après-midi à discuter avec l'oncle, je suis la conversation tant bien que mal (où la plupart du temps, "suivre la conversation" = "essayer de comprendre assez de mots pour en déduire de quoi ils parlent"). Après la sieste, l'oncle lui montre sa collection de livres anciens et de timbres précieux. La dernière fois que j'étais venu il m'avait montré ses vases dont certains ont 1000 ans, j'en déduis que le métier de policier doit avoir des à-côtés intéressants... Puis on finit par s'en aller.


Pour trouver un taxi, il faut descendre la rue pour arriver sur un axe plus grand, sous une chaleur écrasante. Une fois là on commence à héler les taxis, mais la plupart sont déjà pris. Au bout d'un temps assez long il y en a un qui finit par s'arrêter, et on part. Mais au milieu du trajet, il se range sur le bas-côté et stoppe : apparemment il a des problèmes de moteur, il y a une fumée blanche qui commence à sortir. Pendant que le chauffeur fait des allers-retours à une station essence toute proche avec des bidons pleins d'eau, on le paie ce qu'on lui doit et on essaie d'en trouver un autre, mais cette fois c'est impossible. On se décide donc à avancer jusqu'à un arrêt de bus, toujours sous le soleil, et on rentre comme on était venus.
En arrivant près de chez MaiZhen, on ralentit un peu plus que d'habitude en passant sous le pont décrit précédemment. En effet, juste après, on constate qu'une moto est passée sous une camionnette.

En ce qui nous concerne, on arrive à la maison sans problème. Entre-temps, le petit cousin de MaiZhen est arrivé par le train, pour nous voir, ça commence à faire beaucoup de monde pour le repas du soir. Il dormira dans le salon, ce qui est un peu moins pratique pour nous car Ulysse étant dans notre chambre, une fois qu'il dort, on ne peut pas trop y rester. Heureusement le petit cousin a l'habitude de dormir tard, et ça ne le dérange pas qu'on vaque à nos activités tant qu'il est là.

Administration et anniversaire

Le lendemain, malgré les protestations du père de MaiZhen qui trouve que l'euro est trop bas et qu'il faut attendre, on va à la banque pour échanger nos traveller's checks en euros contre des yuans (RMB, renminbi, ce qui veut dire "monnaie du peuple"). Comme d'habitude pour aller en ville c'est un peu compliqué : quand on descend du bus on avise une banque pas loin de là, mais elle ne gère pas les changements de monnaie, et il faut, comme le craignait MaiZhen, prendre un autre minibus pour aller à la banque centrale.
On arrive et on s'installe dans le grand hall, on est assez vite appelés. Avant d'aller au guichet, on doit voir une employée qui a un petit bureau près de l'entrée, qui vérifie notre demande et nous fait préparer tous les documents nécessaires. Pendant ce temps, elle discute avec MaiZhen, puis comme je suis étranger elle me demande de vérifier les traductions en anglais des formulaires : régulièrement des hommes d'affaires occidentaux vont à ShiYan et doivent effectuer des opérations bancaires, mais il y a quelques rubriques qu'en général ils ne comprennent pas, et comme peu de chinois parlent bien anglais il est difficile de les aider.
Effectivement certains termes n'étaient pas très bien choisis et je lui propose des traductions qui me semblent plus appropriées, qu'elle note religieusement dans un gros cahier. Ensuite elle sort dudit gros cahier un bout de papier sur lequel est écrit une phrase en anglais, qu'elle me demande de lire à haute voix : en effet elle doit la dire à chaque fois qu'un étranger vient changer ses sous, mais elle n'est pas sûre de sa prononciation. Je m'exécute donc avec bien sûr un bel accent bien franchouillard. En fait la phrase explique que pour tout changement de monnaie (comme pour nous) la banque facture 10%, ouille.

Après ce petit intermède, et un peu d'attente en plus, on se retrouve devant le guichet. Au début tout semble bien se passer, mais au bout d'un moment l'opératrice part poser des questions à son chef un peu trop souvent à mon goût. Après quelques échanges avec MaiZhen, elle nous apprend que pour cette opération, il faut présenter sa carte d'identité. Or on est presque sûrs que la carte d'identité est périmée, puisque ça fait une bonne demi-douzaine d'années que MaiZhen n'est pas revenue assez longtemps pour la faire refaire, et que celle qui traîne probablement dans sa chambre n'est même pas biométrique comme les plus récentes. Jusqu'ici elle a présenté son passeport, qui est accepté partout comme une pièce d'identité alternative ; mais ici, on est dans sa province d'origine, et le directeur de la banque considère que seules les cartes d'identité peuvent être acceptées. Absurde, et pas très sympa, puisque ça veut dire qu'elle doit aller à la préfecture pour en faire faire une nouvelle.
On tente de négocier auprès de différents interlocuteurs un peu plus haut dans la hiérarchie, mais rien à faire. On ne peut que rentrer chez nous, obligatoirement en bus puisqu'on n'avait même pas pris assez de monnaie pour payer le taxi. Au passage, on a quand même de quoi acheter, dans une échoppe, des petits pains fourrés avec de la viande hachée et des crudités, ça nous console un peu.

En fait, on retrouve la carte d'identité qui n'est pas périmée, mais tant qu'à faire MaiZhen décide d'aller à la préfecture (c'est sur le chemin du centre-ville) le lendemain, car on ne sait pas quand on reviendra en Chine.
Elle y va avec son petit cousin, ils se disputent comme à chaque fois qu'ils interagissent plus de quelques minutes. Pendant ce temps je passe la matinée avec Ulysse et les parents de MaiZhen.

Le soir, c'est l'anniversaire de MaiZhen. Ce n'est pas une date très importante pour sa famille, car c'est l'anniversaire du calendrier grégorien, alors qu'ils calculent avec le calendrier de la lune (dont le 1er jour de l'année est la bien connue nouvelle année chinoise ; l'utilisation officielle du calendrier grégorien est assez récente en Chine). On les traîne quand même au restaurant.

Ca se passe vers l'entrée du quartier, pour y aller il faut marcher assez longtemps. En passant on va au marché qui est après le pont (dont j'ai déjà parlé), on le traverse, et quand sort de l'autre côté il n'y a plus que quelques rues à passer.
On arrive dans un petit restaurant au 1er étage d'un immeuble, dans lequel on a réservé une pièce avec une table ronde munie d'un plateau tournant, comme dans tous le restaurants chinois. On pose les affaires, on laisse le bébé aux parents, et on repart chercher des boissons : sodas, bières, au magasin qui est juste à côté. On a prévu de faire une excursion le lendemain, donc on en profite pour prendre des provisions.
Quand on revient au restaurant, le neveu Yang-Yang est en train de jouer au Mah-Jong avec sa grand-mère sur une table automatique. C'est une petite table carrée couverte d'un tapis vert avec 4 emplacements pour que 4 joueurs placent leurs jetons, et au milieu il y a un cercle. Quand on appuie sur un bouton, tous les jetons se mélangent à l'intérieur de la table, puis les 4 emplacements s'enfoncent et remontent avec les jetons tout bien alignés, prêts à être joués. Il y a même des boutons qui simulent un dé. A la fin de la parte, le cercle du milieu se soulève, on jette tous les jetons dans le trou qui apparait, quand on a fini on fait redescendre le rond et les pièces se re-mélangent automatiquement. C'est magique!
Il faut dire que le MahJong est très populaire par ici, la mère et la belle-soeur de MaiZhen passent beaucoup de temps à y jouer avec leurs amies. Il y a aussi des clubs, il paraît même que les sommes en jeu sont parfois importantes, bien qu'il soit théoriquement interdit de jouer pour de l'argent.
La table peut aussi servir de table à langer pour Ulysse, au début j'avais peur que les employés du restaurant ne soient pas très contents, en fait apparemment ils ne le remarquent même pas. Plus tard pendant le repas, Ulysse peut également jouer à cogner 2 jetons l'un contre l'autre.




Le repas est copieux, certains plats sont assez piquants mais d'autres sont très bons : soja, soupe, charcuterie, légumes verts... il y a un peu de tout. Il y a de l'anguille, mais ça fait trop d'arêtes pour mon fin gosier. Tout au long du repas, on trinque pour se féliciter de choses et d'autres. Quand on s'ennuie trop ou que des gens commencent à fumer, j'emmène Ulysse faire un tour dans le restaurant, mais ce n'est pas très grand et on se fait vite repérer par un enfant plus grand qui est très intrigué.
A la fin du repas, MaiZhen mange un bol de nouilles très longues qui symbolisent le souhait d'une vie tout aussi longue, ainsi qu'un gros oeuf qui porte bonheur.

On rentre assez tard, dans une nuit très chaude. Je me rends compte qu'il y a peu d'éclairage la nuit, et également que plusieurs restaurants et magasins ont des enseignes lumineuses que je n'avais même pas vues. Dans certaines rues, les enseignes sont les seules lumières, vu qu'il n' a toujours pas de trottoir par endroits ce n'est pas très rassurants. Mais on arrive chez nous sans encombre, et on fait prendre son bain à Ulysse.
Enfin on essaye de se coucher assez vite, car le lendemain on se réveille à la première heure pour aller à WuDang Shan.

Wudang Shan

Le lendemain, c'est le jour de l'expédition à Wudang Shan (le mont Wudang), la montagne sacrée du kung-fu taoïste.
Après d'âpres négociations, il a été décidé que c'est le petit cousin qui nous emmène en voiture, voiture empruntée pour l'occasion à un ami du frère de MaiZhen. On se lève tôt, d'ailleurs on croise le frère : il va au travail en mobylette électrique, et comme les parents de MaiZhen vivent au rez-de-chaussée, il laisse la mobylette se recharger toute la nuit sur la multiprise familiale.
Après avoir expliqué à Ulysse ce qui se passe et lui avoir fait de minis-adieus pour la journée, on embarque. La voiture passe par plusieurs grandes rues et par la gare. Je suis satisfait car le cousin conduit assez prudemment, c'est beaucoup mieux que lors de mon dernier séjour. Après un petit moment, on se retrouve sur une grande route toute neuve au milieu des montagnes, puis des bâtiments apparaissent. Contrairement au reste de ShiYan, ce sont des bâtiments en matériaux modernes, à l'air neuf (et parfois imposants). C'est la nouvelle partie de la ville, en construction à cause du manque de place dans la "vieille ville" (construite dans les années 60 à partir de quelques villages), et ses bâtiments administratifs. La vallée est très étroite, mais il en faut plus pour arrêter les projets immobiliers, réalisés en creusant des flancs entiers de montagne quand c'est nécessaire.

On finit par arriver sur l'autoroute. C'est une autoroute flambant neuve qui va jusqu'à Wuhan, je ne sais pas si c'est toujours le cas mais là elle est presque déserte, à part quelques camions porte-voitures, des bus, et des camions de chantier. La route passe un peu au-dessus de grandes plaines, et on peut voir l'étendue des travaux pour construire de nouveaux quartiers ou améliorer les infrastructures (routes, voies ferrées) dans les environs. Là où il y avait des champs, il y a d'immenses terrains en travaux, des bouts de montagne sont ratiboisés...
Un peu plus loin il y a quelques villages et des maisons isolées. Parfois, on croise des paysans qui marchent sur la bande d'arrêt d'urgence : pour aller chercher du riz ou d'autres marchandises dans les villages, c'est plus pratique pour eux de passer par la route. Apparemment, les voitures et les camions qui roulent à toute vitesse ne les effraient pas, ou alors ils ne s'en rendent pas compte.

Le trajet dure une trentaine de minutes, puis on sort de l'autoroute et on arrive devant un grand portail (en béton), c'est l'entrée de Wudang Shan. Le petit cousin nous laisse là, lui ne compte pas monter. On prend nos sacs et on entre dans un petit village 100% artificiel, avec plein de boutiques proposant des épées, des bijoux, des gâteaux... estampillés Wudang Shan. On va directement au fond dans le grand bâtiment où on achète les billets de bus.
Wudang Shan est composé de plusieurs sites, le principal étant le monastère qui se trouve au plus haut point du plus haut mont (1600 m d'altitude). Les autres sont des corps de bâtiments et des sentiers disséminés dans la montagne, les vrais taoïstes font le trajet à pied mais les touristes prennent le bus sur une route faite exprès (depuis une dizaine d'années, les particuliers ne peuvent plus emprunter la route en voiture).
Ce jour-là, c'est la journée du patrimoine chinoise : l'entrée est gratuite pour tous les sites (mais pas pour les billets de bus). Selon MaiZhen, de toute façon les chinois n'ont pas de vacances et dans les faits peu de gens peuvent en profiter. C'était peut-être vrai à une époque, mais aujourd'hui ce n'est manifestement plus le cas, une foule vraiment très dense se presse aux guichets.

La situation a été prévue : pour accéder au guichet, il faut passer par un long serpentin. Toutes les barrières ont été installées, et on doit serpenter des dizaines de fois d'un bout à l'autre du bâtiment, ce qui prend un certain temps même à une allure régulière. C'est probablement nécessaire, car au bout du serpentin, tout le monde prend d'assaut les 5 guichets alignés sans se soucier de faire la queue ou de savoir si on a bousculé quelqu'un ou pas.
On finit par obtenir nos billets de bus, et on sort par le côté pour arriver à la base de départ. Là encore il y a foule, bien que les différentes destinations soient à des départs séparés. Pour nous, un bus vient de partir, et il reste encore beaucoup de monde, alors que derrière de plus en plus de gens continuent à arriver. Après une dizaine de minutes deux bus arrivent, et les portes pour accéder à la chaussée s'ouvrent. Tout le monde se rue alors sur cette petite ouverture, je suis sur le côté et pour passer je suis obligé de monter sur un petit muret. Près de la porte, je comprends qu'il vaut mieux laisser de côté le savoir-vivre et la galanterie à la française, et je force pour passer, ce qui finit par marcher (bien que mon sac à dos aie failli y rester).

Ce sont de grands bus très confortables, ils roulent à toute vitesse sur une route en bon état (elle a l'air neuve) mais étroite et qui serpente au milieu des montagnes. On passe près de plusieurs petits sites, qui n'attirent pas trop les touristes apparemment. A côté d'un petit bâtiment on aperçoit quelqu'un qui fait du tai-chi avec un sabre, face aux sommets opposés. On croise beaucoup de bus qui redescendent pour chercher d'autres touristes, mais pas question de céder la priorité. On se fait même doubler plusieurs fois, car notre bus a un peu de mal dans les grandes montées.
Il y a 2 principaux points de départ possibles pour le monastère, de part et d'autre de la montagne : par le téléphérique, ou à pied par le chemin construit par des moines il y a un petit millier d'années. C'est sur ce dernier site qu'on arrive, tout autour il y a des hôtels et des restaurants. On va directement vers un petit chemin pavé de larges pierres et bordé de barrières surmontées de pierres rondes gravées, qui monte le long d'une petite crête.


Ce chemin mène à un monastère accroché à la montagne. Il fait très beau, pas un nuage à l'horizon, et, après avoir monté un grand escalier et trouvé un espace entre deux arbres, on voit distinctement le monastère dans la falaise en face. Pour y arriver, il faut encore marcher, monter, descendre, passer devant des petites boutiques et des vendeurs à la sauvette... En longeant le flanc de la montagne, on teste les chaises en bois qui sont une spécialité régionale. Plus loin, les bords se dégagent et on descend un grand escalier sans rambarde, on passe à côté d'une petite tour, et on franchit un portique, ou plutôt une fortification placée au milieu du chemin, au toit de tuiles magnifique.
Là, une autre tour abrite une énorme statue de tortue portant sur son dos une colonne de pierre, dont la pointe se perd dans les hauteurs du bâtiment. Un peu plus loin, un puits très ancien, un arbre (un châtaignier) décoré d'une multitude de rubans rouges, une autre porte, et on est dans une enceinte du monastère. Dans une grande cour, un trou sur un promontoire contient un peu d'eau sacrée, tout le monde fait la queue pour le voir (et le prendre en photo).









 Un grand escalier nous amène dans une vaste salle de prières, où un moine (le premier que je vois depuis mon arrivée) fait son office entre des statues de bouddha, des gongs... Beaucoup de visiteurs s'arrêtent un instant pour faire une petite prière, puis ils repartent. En fait il y a une sortie de l'autre côté de la salle, et on se retrouve face au vide : on est sur la partie qui est accrochée à la falaise, qu'on avait vue tout-à-l'heure.



On longe la montagne, tous les chinois se font prendre en photo devant 4 grands caractères peints sur la roche : "santé", "chance", "argent", "bonheur", puis on arrive jusqu'à un petit temple toujours accroché à la paroi. Pour ceux qui connaissent, dans "Karaté Kid" version 2010, c'est là que se trouve la tête de dragon suspendue au-dessus du précipice, sur laquelle un moine pratique le kung-fu du serpent. Bien sûr pour les gogos comme nous c'est complètement barré, on ne peut même pas s'approcher assez pour faire une jolie photo.






Par contre des moines proposent d'acheter des pièces de style ancien (avec un trou carré au milieu) et de participer à des jeux : faire tomber la pièce sur la tête d'une statue de dragon immergée dans un tonneau, lancer la pièce à travers un trou pour faire sonner un gong... Si on réussit, on peut faire un voeu. En ce qui me concerne, heureusement que je n'avais pas spécialement de voeu à formuler, car ça aurait raté.
Une fois qu'on a bien profité du paysage, on revient sur nos pas. Sur le chemin du retour, on croise deux touristes occidentaux, ce sera les seuls que je verrai durant toute cette journée.
En passant à côté d'un groupe de touristes, on entend que leur guide leur montre où se situe le fameux monastère de Wudang Shan : on le voit sur les pics les plus lointains en face de nous, c'est un tout petit point au-dessus du plus haut sommet.



On revient au point de départ, et on se dirige vers le sentier qui mène au sommet de Wudang Shan. A côté, des chaises à porteurs attendent des clients, et comme ils attendent longtemps ils sont installés dans leurs propres chaises. Le sentier est un peu en contrebas, ça commence en descendant très sec (toujours par un grand escalier), puis ça reste assez horizontal pendant assez longtemps. Par contre on longe le flanc de la montagne, et parfois l'autre côté du chemin est très pentu ou à pic.
Le long du trajet il y a aussi des petits hauts-parleurs qui diffusent, euh, de la musique d'ambiance (musique pseudo-traditionnelle chinoise qui évoque les beaux paysages, mais là on a pas besoin d'évocation puisqu'on est dedans), heureusement au bout de quelques temps ça ne fonctionne plus et on peut marcher sereinement. On n'est pas tous seuls quand même.
Au fil du chemin, on s'arrête sous un autre arbre couvert de rubans rouges qui est pendu dans le vide, il n'y a pas de barrière mais devant il y a un rocher sur lequel tout le monde veut se faire prendre en photo, même une dame en talons hauts (j'ai eu un peu peur mais finalement elle n'est pas tombée). On traverse aussi des ensembles de constructions : une petite enceinte avec un bâtiment dans lequel sont évoqués les combattants légendaires qui ont vécu ici ; puis des terrasses sur lesquelles sont construits des échoppes, et des magasins de souvenirs, bijoux en toc, ballons, foulards... Le public est assez réceptif à ces attentions.











Ca monte petit à petit (escalier par escalier), puis on finit par quitter le bord de la falaise pour s'enfoncer un peu dans la montagne et se retrouver au milieu des grands arbres. On fait une pause à côté des "trois pagodes", en fait trois structures en pierre de la hauteur d'un homme, à l'architecture similaire à celle des pagodes. La foule se fait plus dense, avec une proportion importante de personnes âgées ou de parents qui portent leur bébé dans les bras (au détour d'une échoppe on a vu une poussette, je ne sais pas comment elle est arrivée jusque là).
Après ce petit moment de détente, on entame un grand escalier, cette fois sans rambarde. Ca commence à monter sévèrement, et ça ne s'arrête plus : d'escalier en escalier, on va toujours plus haut. Il faut faire attention à ne pas bousculer les gens et à ne pas se faire bousculer, car les escaliers sont souvent étroits et la pente à côté est raide. En passant, on traverse la "fontaine du dragon jaune" (en fait c'est un petit puits), des temples... Les boutiques se font rares, probablement pour des raisons pratiques.







Sur les roches autour du chemin, on voit plein de petits cailloux. MaiZhen m'explique que si on prend un caillou par terre et qu'on l'accroche à un rocher, il apporte du bonheur tant qu'il reste sur ce rocher. Prudents, on lance les nôtres à un endroit un peu difficile d'accès.
A un moment, les gens autour de nous affichent un air réjoui : on arrive à un escalier bordé d'une rambarde aux riches statues, il fait exactement 100 marches et ça porte bonheur de le gravir (pour ceux qui n'auraient pas remarqué, les chinois sont parfois légèrement superstitieux). Il est suivi par un petit pont qui enjambe un torrent à sec. Un peu plus haut, à la source du torrent, des touristes munis de bouteilles essaient de récupérer un peu de l'eau (sacrée) qui coule goutte à goutte.
Au détour d'un escalier, on croise deux moines, à qui on a sans doute demandé de se poster là pour que les touristes ne restent pas sur leur faim. Ils ont l'air d'être en prière, mais je ne vois vraiment pas comment ils pourraient méditer à quelques mètres seulement de cette foule bruyante.







Un peu plus haut, il y a une bifurcation. Le premier chemin date de la dynastie Ming, il a plus de 1000 ans. Le second est récent, il n'a que 400 ans (dynastie Qing), mais c'est le plus long. On est paresseux donc on prend le premier (en fait il est plus fatiguant, car il monte plus rudement). Il est déjà midi, ça fait deux heures qu'on marche et on a faim, et on fait une longue pause pour manger. Puis on reprend l'ascension, un peu plus loin on voit un grand monastère construit sur la pente au milieu des arbres, mais on ne fait pas le détour. Les escaliers se suivent et se ressemblent à-peu-près, au bout d'une longue ascension on fait une nouvelle pause près d'un coude du sentier, où une trouée dans les arbres en contrebas permet de voir les montagnes voisines.
Il y a toujours beaucoup de gens, on voit des femmes qui ont eu la bonne idée de mettre des chaussures à talons et qui maintenant sont pieds nus, leurs chaussures à la main... Quand on repart, on se retrouve en face d'un très long escalier à rambarde qui monte en ligne droite. Impressionnant, surtout que la ligne est complètement remplis de gens qui avancent péniblement.
Tout en haut, on passe sous un grand portique : c'est la 1ère porte du chemin vers Wudang Shan, en tout il y en a 3. Je me sens soulagé car je pense qu'il n'y en a plus pour très longtemps, vu qu'on est déjà assez haut. Mais en fait, juste après, le chemin redescend de l'autre côté de la montagne, puis reste au même niveau pendant un moment, avant de remonter enfin. Il faut encore marcher longtemps avant d'atteindre la 2ème porte. A peine le temps de se reposer à l'ombre d'une grande pierre ronde, qu'on repart suivant le même scénario, les portes étant placées vers les sommets.
Avant chaque porte, l'ascension de l'escalier est de plus en plus dure, car il y a aussi des gens qui sont montés au monastère en téléphérique et qui redescendent maintenant à pied. Pour monter on est donc bloqués dans une grande file, qui avance forcément au rythme de la personne la plus lente dans la file, serrés par les gens qui descendent, et serrés ou bousculés par les gens qui montent en doublant.







A la 3ème porte, les arbres se font rares, la vue s'éclaircit et on voit qu'on est très haut. Mais on n'est pas encore arrivés. On se retrouve sur un petit escalier en pierre, mais beaucoup moins bien entretenu, qui serpente le long du pic qu'il reste à monter. Parfois on a quelques pas à faire sur de la terre, mais c'est une terre très sèche et rocailleuse. Il n'y a plus aucune protection contre le soleil, qui tape maintenant très fort, heureusement on avait pensé à la crème solaire.









Enfin, après une ultime pause sur une grosse roche plate, on prend un petit escalier qui ne paie pas de mine, qui descend à travers quelques arbres. Quand on arrive au bout, on débarque sur une petite place, c'est le monastère de Wudang Shan. C'est un grand ensemble de bâtiments, on est dans un coin un peu isolé, sur un toit. Un peu plus loin le mur rejoint un pan de montagne, et en contrebas on voit un potager.
Tout le monde prend en photo la grande plaque dorée qui annonce "monastère de Wudang Shan" à côté de l'escalier, moi c'est surtout la montagne et les autres bâtiments plus hauts qui m'intéressent. On descend un petit escalier, puis on passe par une terrasse qui semble avoir eu un petit accident récemment : la moitié du sol est constituée de planches et de tréteaux assemblés pour franchir le précipice. Un peu plus loin, les bouts de la terrasse écroulée ont été entreposés, en attendant la réparation j'imagine.













En continue à aller vers le bâtiment principal, on passe par un petit opéra, puis par un couloir menant aux cellules des moines. Enfin on arrive sur la place principale, mais ce n'est pas le sommet. C'est encore plus haut, on distingue clairement le sentier qui y va, mais pour y accéder il faut encore passer par une file d'attente en serpentins. C'est rapide car il n'y a pas trop de monde, mais une fois qu'on y est, on se retrouve dans une petite cour où trône une estrade richement décorée, et remplie de gens.
Avant, c'était le point à partir duquel seuls les personnages importants pouvaient monter jusqu'au temple pour prier. Maintenant tout le monde fait la queue pour monter, et les nouveaux serpentins font bien le tour de tous les murs. Dans l'escalier ce n'est pas plus rapide, en plus la première partie du trajet (quelques dizaines de mètres, mais qu'on met quelques dizaines de minutes à franchir) est à couvert dans de vieilles murailles et dans ces circonstances c'est un peu oppressant.
A l'air libre, on est maintenant vraiment haut, on domine presque entièrement l'horizon. Seuls quelques sommets sont à notre hauteur, et leur base se perd dans la brume. L'escalier, qui comporte une haute barrière cette fois, fait quelques lacets, longe une petite tour, la dépasse, et tout d'un coup on arrive au temple du toit d'or, qui est le point culminant de la montagne. Le toit est doré, le seuil est paré de deux statues de hérons qui se font face, c'est probablement magnifique, mais pas aujourd'hui. Là, tout ce que je vois, c'est la foule des gens qui arrivent qui se pressent contre les gens qui sont déjà là. Les poteaux du temple ont une partie dorée, et tout le monde fait la queue pour les toucher les uns après les autres (car ça porte bonheur, oui on a compris), du coup les poteaux ont surtout l'air très usés.












 MaiZhen fait une petite prière, moi j'aperçois deux moines (un vieux à longue barbe et un plus jeune), on regarde un peu les montagnes en contrebas et on s'exalte sur le chemin qu'on a parcouru, puis on s'éloigne. Dans un coin un peu plus tranquille on fait une petite pause, c'est déjà l'après-midi et on n'a presque rien mangé. On redescend par le même genre de petits escaliers, et on se retrouve dans la cour par laquelle on était arrivés.



On n'en peut plus et notre bébé nous manque, on va directement au téléphérique. C'est un téléphérique très moderne et confortable, avec nous il y a un couple avec leur petit garçon, on admire leur courage. Le téléphérique nous emmène une vallée plus loin, dans un bâtiment de style pseudo-ancien en pleins travaux, toujours entouré de boutiques et d'hôtels. En allant vers le parking des bus on voit deux hommes taper à coups de masse dans une barrique, en fait dans la barrique il y a du riz, et ils sont en train de faire une pâte de poudre de riz. On croise aussi des ouvriers qui chargent de grosses pierres sur des chevaux, afin de les amener sur des points isolés du chantier.
On embarque dans le premier bus qui descend, ce n'était pas forcément une bonne idée : au milieu du trajet, le bus s'arrête et le chauffeur annonce qu'on va déguster le thé très traditionnel d'une boutique. Tout le monde s'attable sans discuter à une terrasse, certes très jolie et avec une vue magnifique sur les montagnes. Une serveuse vient nous présenter le fameux thé et nous le sert selon un rituel bien précis (sur un plateau à double fond pour récupérer l'eau, car il faut que ça déborde quand on sert), ça rappelle quand même un peu la cérémonie du thé japonaise.
Au début je ne suis pas très motivé pour goûter car j'ai surtout envie de repartir, mais les gens qui sont à côté de nous insistent tellement pour nous l'offrir et trinquer que je finis par en prendre aussi. Il est très bon.
15 minutes plus tard le bus repart, mais à une fourche, au lieu de prendre le chemin de la descente, il bifurque vers le point de départ du sentier, par où on avait commencé la visite. En fait c'est pour prendre d'autres touristes à un autre site pas trop loin. Les touristes mettent du temps à monter (ou plutôt, le chauffeur met du temps à attendre qu'assez de gens soient arrivés pour que son bus soit plein), en plus une femme a eu le mauvais goût de vomir pendant le trajet malgré l'interdiction expresse du chauffeur. Quand on arrive en bas c'est déjà la fin de l'après-midi.

L'air de la montagne nous a fait du bien, et nous a aussi fait oublier que des records de température saisonniers étaient attendus pour cette journée. L'air chaud et sec qui nous attend en bas est un petit choc.
On retrouve le cousin qui a dormi un peu dans un hôtel en nous attendant, on prend des glaces aux haricots rouges (miam), et on repart. Le trajet de retour passe assez vite, on doit juste éviter un paysan tranquillement assis sur la barrière du terre-plein central de l'autoroute, qui ne semble pas se rendre compte que ses genoux au-dessus de la route sont en sursis.
Ulysse a été très sage avec ses grands-parents, mais il était quand même impatient de nous retrouver.